L’AUTONOMIE


Il existe plusieurs types d’autonomie.


L’autonomie affective et relationnelle.
L’enfant est capable d’agir sans l’étayage de l’adulte.

L’autonomie  physique. 
L’enfant est capable de contrôler ses gestes (motricité fine).

L’autonomie intellectuelle.
L’enfant est capable d’utiliser des outils pour apprendre ou de transposer savoir afin de réaliser une tâche.


Il est très important d’avoir cela en tête lorsque l’on va concevoir des ateliers autonomes pour les élèves.

Certains enseignants disent : «  il ne finit pas l’atelier, il ne fait pas ce qu’il faut, il ne range pas, il ne prend pas d’atelier seul, il réclame sans cesse de l’aide…. »

Alors, la première chose à savoir c’est que :

L’autonomie ça s’apprend.



L’enseignant doit mettre en place une démarche pédagogique en ce sens.

Les ateliers auront beau être bien construits, la classe bien organisée, si on n’apprend pas à l’enfant progressivement à être autonome, ça ne fonctionnera pas.

Il faut donc dans un premier temps séparer apprentissage de l’autonomie et « contenu scolaire ». Il faut prévoir des moments spécifiques à cet enseignement dans l’emploi du temps.

Il faut aussi que l’enfant ait une vraie motivation (intrinsèque) pour prendre un atelier et le finir.

Il faut également que l’enfant se repère dans la classe afin de s’éloigner de l’enseignant (sécurité affective) et ainsi pouvoir choisir puis ranger son atelier.

Avec mon amie Eve qui écrit en ce moment un mémoire sur le sujet, on pourrait vous en parler pendant des heures, mais je doute que ce soit cela que vous attendiez. Alors je vais essayer de donner quelques outils concrets.


 Autonomie affective


Pour que l’enfant travaille seul, autrement dit nous laisse tranquille lorsqu’on est occupé avec un autre enfant, ou un groupe d’enfants, il faut qu’il se sente en sécurité affective.

Il doit savoir exactement ce qu’il doit faire dans les ateliers qu’il peut prendre. Cela sous-entend que chaque atelier lui a été présenté de façon très claire et surtout que nous nous sommes assurés qu’il a aussi compris ce qu’il doit faire (ce qui ne veut pas dire qu’il va réussir à le faire, si l’atelier est trop facile pour lui, il n’aura plus aucun intérêt).

L’atelier doit absolument faire sens pour l’enfant, il doit le comprendre et en comprendre le but sinon, il ne saura pas quand il a fini.

Il doit pouvoir (surtout pour les PS en début d’année) garder son doudou avec lui si il veut, afin de le rassurer.

Afin que les enfants ne viennent pas vous montrer systématiquement leur travail dès qu’ils ont fini (et du coup vous déranger) ils doivent être sûrs que vous verrez ce qu’ils ont fait. Pour cela une fois l’atelier fini, l’enfant met son étiquette prénom à côté du travail réalisé. Il peut ainsi aller faire autre chose, car il sait qu’une fois disponible, vous ferez rapidement le tour des ateliers en cours, afin de les valider (ou pas).

A ce moment-là, deux possibilités:

soit j’ai le temps et je reprends l’atelier avec l’enfant
soit j’ai inscrit son prénom sur un tableau avec le nom de l’atelier et je lui dis  « on le refera ensemble cet après-midi ou demain, car je ne comprends pas comment tu as fait ou encore tu pourras m’expliquer pourquoi tu n’arrives pas à  finir etc...»

À mon sens, la verbalisation de l’activité par l’enfant est essentielle.

L’enfant doit se repérer dans la classe, c’est primordial. Moi, j’utilise des photos et des codes simples et clairs. L’enfant retrouve sur les meubles exactement les mêmes codes et les mêmes photos que sur ses ceintures de compétences.

Les meubles avec les étoiles dans un espace de la classe,  les meubles avec les ronds dans un autre et ainsi de suite…


Étape 1


En début d’année, je fais des jeux afin d’apprendre aux enfants à bien se repérer. C’est l’étape 1. (activité avec un groupe de 4 à 6 enfants)

Jeu 1

Attention ! Aller le plus vite possible, posez votre main sur le meuble aux étoiles, puis sur le meuble aux ronds, etc…

Jeu 2

Je donne à chaque enfant une photo de l’atelier (la même que celle de leur cahier) et ils doivent aller se poster devant le plus vite possible.

Jeu 3

Je donne à chaque enfant une photo et l’enfant doit aller chercher l’atelier qui correspond. (Ce jeu est très important pour la mise en place des futurs plans de travail). Il doit ensuite aller le remettre à sa place.

Jeu 3 bis

C’est le même jeu que le numéro trois, mais une fois les ateliers apportés, je les redistribue aux enfants, ils doivent alors se repérer pour aller ranger un atelier qu’ils n’ont pas pris eux même au départ.

Pensez à toujours verbaliser la technique pour trouver l’atelier (cela ne doit pas être un coup de chance) :  Il y a une étoile, je cherche le meuble avec les étoiles, puis je regarde la couleur de l’étoile et la photo.

Les enfants adorent ces jeux. Penser à les théâtraliser et à leur donner un certain rythme.

Souvent, je ne donne pas directement des photos aux enfants, je les mets devant leur photo d’identité où leur étiquette prénom (préparation au plan de travail)

Jeu 4

Je donne à chaque enfant la photo d’un lieu de la classe où il doit aller poser son doudou.

Jeu 5.

Je cache le doudou de la classe dans un endroit, et je donne des indications à l’oral pour que les enfants le retrouve « il est caché là où on range les tapis, ou alors les ciseaux, ou encore là où on range son dessin lorsqu’il est fini…« 

Jeu 6

J’enlève tous les puzzles du meuble à puzzles et les enfants doivent le ranger le plus vite possible en s’aidant des codes couleurs, idem avec le meuble des animaux en plastiques ou le coin bibliothèque. Cette activité est la moins ludique, voir la plus difficile et la plus longue pour certains. Je leur distribue donc une médaille (en carton mais qui brille) une fois fini. (Champion du rangement.)

Jeu 7.

Jeu de Kim.
Certaines activités ont plus particulièrement besoin d’être correctement rangées. Je choisis une de ces activités. On regarde ensemble le plateau, on verbalise l’emplacement de chaque objet, puis les enfants se cachent les yeux, et je modifie certains éléments. Les enfants doivent trouver ce qui ne va pas et le remettre au bon endroit sur le plateau.

Je réalise ces jeux les trois premières semaines, et j’y reviens parfois dans l’année lorsque le rangement laisse à désirer.

Le fait que les enfants se repèrent vraiment dans la classe les sécurise et leur donne confiance en eux. Certaines règles sont à rabâcher lors de la réalisation des jeux.

  • On ne prend que les ateliers présentés par la maîtresse.
  • On n’a pas le droit de prendre un atelier déjà sur un tapis ou une table (c’est qu’un autre enfant l’utilise déjà). 
  • Pour savoir si on a le droit de prendre un atelier, si on ne se souvient plus, on regarde son cahier.

Jeu 8

Avec le cahier :  je donne une photo d’un atelier à chaque enfant, et il me dit, à l’aide de son cahier, s’il peut le prendre ou pas.

Le symbole à côté de la photo doit: soit avoir une croix, soit être colorié. S’il n’y a pas la photo ou si le symbole n’a pas de croix, ou n’est pas colorié, alors on n’a pas le droit d’utiliser l’atelier (ce sera pour plus tard)

Durant le premier mois, je réalise donc ces jeux et en parallèle je présente des ateliers de façon individuelle aux enfants.

Il m’arrive de présenter certaines fois l’atelier à 3 enfants en même temps: il s’agit en général d’ateliers très implicites, genre pâte à modeler, jeux de construction, formes…

Les trois enfants regardent sur le panneau à l’entrée de la classe l’atelier qu’ils doivent aller chercher, le rapportent, et s’installent.

 J’annonce à chacun clairement le but de l’activité :  » Tu dois réaliser le même modèle avec la pâte à modeler, pour apprendre à faire des boudins, ou tu dois bien regarder le modèle et refaire le même avec les Lego, c’est pour apprendre à bien regarder, ou encore tu vas apprendre à visser et dévisser des vis pour muscler tes doigts…« 

 Une fois l’atelier terminé, toujours demander à l’enfant comment il sait qu’il a fini, comment il sait qu’il a réussit (ou pas) et comment il a fait. Puis l’enfant rapporte l’atelier à sa place.

Les présentations individuelles se font suivant le même principe. Toujours accompagner l’enfant jusqu’au bout de l’activité (son rangement) lors de la première présentation. Il faut l’encourager, lui montrer pourquoi l’atelier est intéressant, le féliciter afin de lui donner envie de le reprendre seul. Si vous vous désintéressez trop vite et si vous laissez l’enfant seul trop tôt, il n’aura pas forcément envie de le reprendre.

Lors du regroupement, je reviens toujours sur deux ou trois ateliers réalisés en autonomie par les enfants du style « ah, je t’ai vu Paul, tu as bien utilisé l’entonnoir sans renverser de  semoule » ou encore « j’ai vu que toi Pierre, tu as essayé plusieurs fois, mais que la tour est tombée. Combien as-tu réussi à mettre de cylindres ? 6 ! Ah mais c’est super. Bientôt, en t’entraînant, tu en mettras 10 »

Certains éprouvent aussi le besoin de raconter « j’ai pas réussi » à ce moment-là, je réponds «j’ai vu, tu as essayé, et tu as reposé l’atelier. Si tu veux je le marque et la prochaine fois, je t’aiderai. »

Ce moment est très important, car il permet aux enfants de prendre conscience que même si vous n’êtes pas avec eux, vous les voyez, vous partagez leurs réussites, vous êtes attentif à leur travail. Ils se sentent alors en sécurité et osent beaucoup plus aller seul vers les ateliers. Ils savent également que si vous n’êtes pas disponible sur le moment, ce n’est pas grave car ils vous raconteront lors du regroupement. D’ailleurs, au début (car les choses doivent se mettre en place doucement ) je le répète souvent, lorsque les enfants viennent me voir et me posent la main sur l’épaule pour me signifier qu’ils veulent me parler, que je suis occupée et qu’ils me raconteront tout à l’heure :  « ne t’inquiète pas, tu me le diras tout à l’heure ».


Dernière petite astuce pour débuter :


Au début ne prévoir qu’un moment par jour , où les enfants seront en totale autonomie. Par exemple 30 mn avant la récréation. A ce moment-là, ne prenez aucun groupe d’enfants avec vous. Vous devez être disponible, vous êtes là pour accompagner, pour rappeler les règles, pour aider à reranger, à choisir le bon atelier, pour aider à ramasser ce qui tombe, à aiguiller les élèves : « tu veux faire quoi ? un dessin. Alors tu as besoin de quoi ? Ou vas-tu aller le chercher ? … »

Ces 30mn sont consacrées à l’apprentissage de l’autonomie par les élèves.

Les 3 prochains articles porteront sur la mise en place de

  • L’autonomie physique
  • L’autonomie intellectuelle
  • Des plans de travail et l’organisation qui va avec.

N'hésitez pas à laisser un commentaire ou à partager vos idées !

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.