Sciences cognitives – améliorer son contrôle inhibiteur

15 juin 2017

De nos jours peu d’enseignants sont formés aux sciences cognitives, or elles s’avèrent essentielles si on veut comprendre les difficultés que rencontrent nos élèves et surtout les aider à y remédier.

Voilà le pourquoi de ce premier article sur le sujet.

Lorsque nous devons effectuer des tâches nouvelles ou complexes c’est notre contrôle cognitif qui est sollicité. Il nous permet d’associer nos idées ou certaines stratégies déjà apprises, de nous adapter aux changements, de réfléchir, de résister à la tentation d’une réponse immédiate et surtout de rester concentrer sur la tâche à accomplir.

Ce contrôle cognitif va reposer sur des fonctions essentielles : les fonctions exécutives.

Le système exécutif regroupe différentes fonctions telles que la planification, la mémoire de travail, l’inhibition, l’attention sélective, la flexibilité mentale … Chaque fonction exécutive met en jeu tout un ensemble de processus.

A l’heure actuelle on considère que :

  • L’inhibition (contrôle inhibiteur)
  • La flexibilité mentale ou cognitive
  • La mémoire de travail (sa mise à jour)

sont les principales composantes des fonctions exécutives. Elles sont des habiletés cognitives essentielles à la réussite tant à l’école que dans la vie générale. Duckworth et Selignan, 2005, montrent que « la discipline (contrôle inhibiteur) compte pour deux fois plus d’écart dans les notes finales que le QI, même au niveau universitaire. »

Ces premiers articles donneront donc des idées et des exemples d’activités visant à développer l’inhibition mentale, l’attention sélective et la flexibilité mentale.

L’inhibition est la capacité à :

  • Retenir intentionnellement une réponse prépondérante et automatique.
  • Retenir une réponse en cours.
  • Contrôler les stimulations non pertinentes appelées interférences.

L’attention sélective est la capacité à porter sélectivement son attention sur une tâche et à parvenir à ignorer toutes distractions. Un déficit au niveau de l’attention sélective entraine chez l’enfant de grosses difficultés à l’école pour rester concentré sur la tâche à effectuer.

La flexibilité mentale est la capacité à déplacer volontairement son attention d’une information non pertinente vers une information pertinente. Elle permet de basculer efficacement d’une tâche à l’autre.

Les capacités d’inhibition sont essentielles pour un bon apprentissage des notions fondamentales à l’école.

« Identifier ces problèmes de résistance cognitive du cerveau par l’inhibition de réponses intuitives et automatiques (les heuristiques) est aussi important pour comprendre les difficultés à l’école primaire. Par exemple, on sait qu’en classe les enfants butent souvent sur des énoncés verbaux du type: « louise a 25 billes. Elle a 5 billes de plus que Léo. Combien Léo a-t-il de billes? » Fréquemment, l’enfant ne parvient pas à inhiber l’heuristique implicite, trop rapide, « il y a le mot plus alors j’additionne » (25+5=30) afin d’activer l’algorithme de soustraction (25-5=20). Inutile donc de lui répéter au-delà du nécessaire les règles de l’addition et de la soustraction (déjà automatisées). C’est plutôt, dans ce cas, l’inhibition de l’automatisme lié au mot plus qu’il faut exercer! Inhiber pour bien raisonner. » Houdé, O. (2014),

Voici donc une première série d’activités visant à développer l’inhibition.

  • Tâche d’inhibition de stratégies : inhiber des associations automatiques

EXERCICE 1 : jour/nuit

24 cartes : 12 de chaque

Phase 1 : automatisation. Le maître demande tout d’abord à l’enfant de répondre spontanément aux stimuli : l’enfant doit dire jour quand il voit un soleil et nuit quand le maître lui montre une lune.

Phase 2 : inhibition. Dans un deuxième temps le maître complexifie le jeu en changeant les règles. L’enfant devra inhiber ses réponses spontanées et dire jour lorsqu’il voit une lune et nuit lorsque le maître lui montre un soleil.

Pour aider les plus jeunes on peut apporter une aide sous forme d’une petite chanson dite par le maître avant la réponse de l’enfant : « pense à la réponse mais ne la dit pas ».

Présentation de la carte/chanson/réponse de l’enfant.

Cette aide impose un délai entre la présentation du stimulus et la réponse, afin que les enfants prennent le temps nécessaire pour réfléchir à la réponse attendue.

Bien expliquer aux enfants le but de l’activité : réfléchir avant d’agir.

Autres exercices :

  • Même jeu mais avec des images d’animaux et leur cri. Dans un premier temps l’enfant imite le cri de l’animal vu sur la carte, puis il devra faire le cri d’un autre animal, mais pas celui dessiné sur la carte qu’il voit.
  • Jacques a dit
  • Stimuli auditifs : à deux signaux sonores bien distincts les enfants doivent effectuer deux tâches bien précises, une fois la consigne automatisée, on complexifie en changeant les règles du jeu : on inverse les associations tâches à effectuer et signaux sonores.
  • Stimuli visuels : idem jeu précédent mais avec des foulards de couleur.
  • Jeu du ni oui ni non
  • Jeu de l’âne : il faut réaliser les consignes inverses de celles énoncées par le maître de jeu, ainsi les enfants doivent tourner à gauche si le maître annonce tourner à droite.
  • 1,2,3 soleil les enfants doivent inhiber leur mouvement.
  • Certains jeux du commerce comme : bazar-bizarre et cocotaki et color addict
  • Apprendre à apprendre de Adèle DIAMOND
  • Le dessin d’oreille : un enfant tient un dessin d’oreille, ce qui signifie qu’il  doit écouter, pendant qu’un autre raconte une histoire. On entraîne ainsi l’inhibition de l’envie de parler. Après quelques mois de pratique de cet exercice, l’aide visuelle constituée par le dessin devient de moins en moins nécessaire.

 

  • Tâche d’inhibition de distracteurs perceptifs (test de stoop, 1935)

Maternelle :

Stroop des fruits. Ce test comporte quatre conditions avec quatre pages correspondantes de stimuli (voir figure 1).

1) le maître montre à l’enfant une page avec des carrés de couleur. L’enfant doit nommer la couleur des carrés aussi rapidement que possible en 45 secondes. Si l’enfant termine la page dans le délai imparti, il doit continuer en revenant en haut de la page. Si l’enfant fait une erreur, l’évaluateur le lui mentionne et il doit se corriger.

2) le maître présente à l’enfant une page avec des fruits colorés et l’enfant doit nommer la couleur des fruits le plus rapidement possible.

3) le maître présente à l’enfant une page avec des fruits, mais sans couleurs. On lui demande alors de nommer la couleur des fruits « dans la vraie vie ».

4) le maître présente à l’enfant une page avec des fruits colorés, mais certains fruits ne sont pas de la bonne couleur. On lui demande encore de nommer la couleur des fruits « dans la vraie vie ».

Primaire :

En suivant les mêmes étapes que précédemment on va présenter ici au participant une suite de mots indiquant des noms de couleurs (vert, bleu, rouge, …). Chaque mot est écrit avec une encre colorée. Le mot et la couleur de l’encre sont soit congruents (par exemple le mot BLEU est écrit en bleu) soit incongruents (le mot BLEU est écrit à l’encre rouge). Le participant doit nommer la couleur de l’encre dans laquelle est écrit chaque mot le plus rapidement possible et sans se tromper. Les participants mettent plus de temps et commettent plus d’erreurs quand la couleur de l’encre est incongruente avec la couleur dénommée par le mot. La difficulté vient du fait que les participants  doivent inhiber la lecture du mot, qui est automatique pour identifier la couleur de l’encre. 

2 commentaires

  • Sido 23 juin 2017 à21 h 46 min

    Vraiment très intéressant cet article! Il pointe et explique des choses que l’on sait « intuitivement » ou d’expérience, et les exemples d’activités pour renforcer les capacités inhibitrices donnent des pistes concrètes… Bref: merci!

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